LE RETOUR

 

Je suis rentré ce soir dans la maison déserte

En me heurtant dans l'ombre aux meubles obscurcis ;

Je me suis rapproché de la fenêtre ouverte,

Et j'ai pris une chaise et je me suis assis.

 

Suis-je tout à fait seul ? Quelque part, sur la terre,

Quelqu'un prend-il pitié de mon obscur émoi ?

L'orgueil et la douleur de l'être solitaire,

Comme ils pèsent ce soir profondément en moi !

 

Et pourtant j'ai donné mon coeur. A trop, peut-être !

J'ai rabaissé le prix de ce coeur prodigué.

Les femmes, les amis qui purent le connaître,

Peut-être ont eu raison de ne m'en savoir gré.

 

Si j'ai mal réparti les grappes de mes vignes,

Nul n'en souffre ce soir plus âprement que moi :

J'en demande pardon à ceux qui furent dignes

Des beaux raisins mûris aux treilles de mon toit.

 

 

Pierre Benoit

 

 

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